27.10.2010
ma mère
Il suffit parfois d'un concours de mauvaises circonstances pour rouvrir d'anciennes cicatrices. Quelques noms que l'on préférerait oublier, une bonne dose d'indifférence et le sentiment d'être abandonné de ses proches... et nous revoilà en l'an 40. La tête dans un vomis d'horreur, respirer un oxygène pourri, pour survivre. Dans la cour de récréation, dans les classes même. Je regardais les professeurs avec une profonde détresse, mais ils étaient eux même trop tourmentés par cette armée d'enfants mal élevés pour venir à mon secours. Ils se contentaient de garder la tête haute et faisaient semblant de ne pas entendre les injures lancées d'un bout à l'autre de la classe contre moi, comme elles pouvaient leur être adressées d'autres fois. Bien qu'ils soient adultes, eux, le sujet était trop délicat pour qu'ils puissent le résoudre. Mon niveau scolaire baissait d'années en années, à mesure que je perdais le sourire. Asocial, parfois agressif. Lors des rencontres parents professeurs, j'assistais toujours aux mêmes échanges. "Votre fils a de grandes capacités, oui, mais il ne veut pas travailler." Tiens donc ? Puis la réponse venait d'elle même. "Vous savez, dans une classe, il y a toujours une tête de turc..." A les entendre, c'était une fatalité. Les choses étaient inscrites dans le marbre et je devais me contenter de compter les années, qui m'amèneraient vers l'âge adulte et m'éloigneraient des terres maudites de Bourgogne. J'avais beau passer d'un établissement à l'autre, les choses ne changeaient pas. Sitôt rentré chez moi, je m'enfermais dans ma petite chambre de riche pour passer la soirée dans un monde de tapette, virtuel et fantastique, avec des héros et des princesses à délivrer. Puis je m'endormais avec la peur au ventre : de me réveiller le lendemain au même endroit. Mais je quitterai pas aussi facilement le village de Senozan, quoi que je puisse espérer et aussi fort que je puisse prier. Un jour pourtant j'avais décidé de prendre le taureau par les cornes. Quand bien même il n'était pas moins douloureux de regarder la vérité en face. De regarder ma mère droit dans les yeux, et de lui confier dans un sanglot. "Tu sais, les autres élèves de ma classe sont méchants avec moi. Ils m'insultent tout le temps." "Comment ça ?" Ma mère étaient gênée, je le sentais bien. Elle connaissait la suite. Et moi, je fondais en larme alors que j'étais forcé de mettre des mots sur ce sentiment honteux. "Ils me traitent de PD". Voilà. C'était dit. Et je vivais la pire des trahisons, tandis qu'elle détournait le regard et répondait simplement avec la volonté de mettre fin à cette conversation embarassante. "Mais non, ce n'est pas vrai."
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le rituel
C’était une sorte de rituel. Lorsque la nuit tombait, il regardait sa montre et me prenait dans ses bras pour m’annoncer à l’oreille qu’il devait repartir. Car il savait que systématiquement, inévitablement, je fondrai en larmes. Comme si ma vie m’abandonnait, je pleurerai à torrent. Et plus je voulais résister, plus je m’effondrais. J’étais terriblement embarrassé de me liquéfier ainsi devant lui, littéralement, durant trente ou quarante minutes. Jusqu’à ce que ses baisers et ses promesses aient raison de mon chagrin. Alors enfin, je le laissais partir, à contrecœur. Contre ce cœur si encombrant, qu’il ne se passait pas une seconde sans que je pense à lui. Et si lourd, que je ne me réjouissais même plus de l’approche du week-end et de sa venue. Non. Durant la cinquième semaine je pleurais son absence, chaque jour au téléphone. Tant et si mal qu’il ne supporta plus de me faire autant souffrir. Alors enfin, il me redonna ma liberté, à contrecœur. Mais je n'en voulais pas. Après son départ, je me suis essayé à la drogue. Inévitablement. Et systématiquement. Il me fallut six mois pour en venir à bout. A bout de moi. Alors enfin, j'ai repris ma liberté, à contrecœur. Une liberté triste et fade. Et de retour à la réalité, j'étais une sorte de mort vivant. Peut être. Mais plus jamais je n'ai pleuré autant. J'avais 20 ans.
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10.09.2006
Coupe moi le bras
Cette histoire, c’est l’histoire de ma reconstruction (II)
C’est l’histoire d’un homme, … (non)
C’est l’histoire d’un garçon, qui vit seul.
Le genre de mec qui est prêt à payer le prix, à allonger les billets.
Qui pense que la fin justifie les moyens.
Et que Justine était pas mécontente de se faire attacher.
Dans le domaine financier, on appelle ça se couper un bras (merci Sophie).
C’est mettre fin à un mauvais investissement pour éviter la faillite.
Accepter d’avoir perdu beaucoup d’argent, et se laisse convaincre que ça ne remontra pas.
Pas avant d’avoir fini de te couler en tout cas.
L’amour comme le jeu.
Quand le croupier vous regarde l’air désolé, après une longue descente aux enfers.
Lorsque l’on a laissé sur le tapis sa montre Cerruti et qu’il ne nous reste plus qu’une bague en or,
Se retirer, sagement.
Accepter la défaite, quoi.
Passer à autre chose.
Un autre investissement, un autre jeu.
Alors on accumule des plaisirs qu’on se refuse à partager.
Economiser à nouveau… pour mieux dépenser la prochaine fois.
Faites vos jeux : rien ne va plus.
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